Les autres écoles alternatives (hors Montessori)

Les écoles alternatives

Nous sommes à l’école du Colibri, dans la Drôme. Cette école alternative accueille 38 jeunes élèves, du CP au CM2 eu seins d’une classe unique. Comme tous les matins, les cours commencent par une activité étonnante : un quart d’heure de méditation pour apprendre à se concentrer. Lassée par un enseignement trop classique, trop normé, trop rigide, Isabelle Peloux, ancienne enseignant dans une école primaire publique de la région, a fondé une école alternative en 2007 pour éduquer par la coopération entre les enfants et l’apprentissage du vivre ensemble.

L’école est en train de vivre sa petite révolution. Ecole Montessori, Steiner, Freinet… depuis quelques années, le boom des écoles alternatives relance le débat sur le système éducatif unique. Les ouvertures d’établissements alternatifs se multiplient dans l’Hexagone. En 2015, pas moins de 67 écoles alternatives hors contrat ont ouvert leurs portes en France. Pour l’éducation de leurs enfants, les parents sont de plus en plus enclins à se diriger vers des écoles alternatives qui prônent des méthodes proches de la nature, basées sur les découvertes des neurosciences, en phase avec les spécificités de chaque enfant.

Mais l’école alternative a un coût : en moyenne, il faut compter 5 000 € à l’année.

L’école Steiner Waldorf : une conception qui ne dépasse pas la pseudoscience

La pédagogie Steiner Waldorf se base sur les travaux de Rudolf Steiner, philosophe occultiste né en 1861 à Donji Kraljevec en Croatie dans l’Empire d’Autriche. C’est le fondateur de l’anthroposophie qu’il qualifie de « chemin de connaissance pour la restauration du lien entre l’Homme et les mondes spirituels ». Si la pédagogie Steiner se veut large et inclusive, s’adressant aux enfants de 0 à 21 ans, elle semble se cantonner aux jardins d’enfants (plus de 2 000 dans le monde) et à quelques écoles alternatives associatives et autonomes basées principalement en Europe et en Amérique du Nord (734 en Europe dont 15 en France, concentrées dans la région parisienne selon les chiffres du répertoire des écoles Steiner dans le monde, édition 2017).

Contrairement à la pédagogie Montessori qui s’appuie sur des connaissances scientifiques immuables et reconnues par le ministère de l’Education et la communauté des pédagogues, enseignants et éducateurs partout dans le monde, la pédagogie Steiner essuie de nombreuses critiques pour son caractère pseudo-scientifique.

Voici un extrait des préceptes de Rudolf Steiner, qui lie l’évolution karmique de l’enfant à des forces surnaturelles : « A la fin de la période de sept ans, les forces surnaturelles de croissance ont achevé de construire l’organisme de l’enfant, depuis la pointe des pieds jusqu’à la nouvelle dentition. […] Au cours des sept années suivantes, les forces astrales encore cachées de l’âme modèlent le monde des pulsions, des passions et des sentiments ».

Les critiques liées à l’école Steiner dépassent le simple cadre de la pédagogie : les écoles Steiner-Waldorf sont en effet dénoncées comme ayant des taux d’exemption de vaccination anormalement élevés. Cela s’explique par les enseignements de l’anthroposophie qui voit la maladie comme un message divin lié au karma et à la réincarnation. Il faut tout de même rappeler que les enseignements fondamentaux ne sont plus aussi présents dans la pédagogie Steiner telle qu’elle pratiquée aujourd’hui.

En 1999, un rapport parlementaire intitulé « Les Sectes et l’Argent » avait inclus les écoles Steiner dans sa liste noire. Les écoles ont fait appel pour diffamation et ont eu gain de cause. La majorité des 22 structures Steiner françaises s’apparentent plus à des écoles alternatives qui s’inspirent de Rudolf Steiner, Maria Montessori et Célestin Freinet.

L’école Célestin Freinet : bannir les conventions inutiles

Le mouvement créé par l’instituteur Célestin Freinet dans les années 1930 visait alors à transformer l’école publique en favorisant le travail de pairs et l’apprentissage par l’expérience via des projets communs, comme la tenue d’un journal. La pédagogie Freinet s’éloigne de l’école structurée par des programmes et des matières pour tendre vers l’école centrée sur l’enfant, ses besoins, mais aussi et surtout ses aptitudes innées et ses préférences.

« L’école s’adapte à l’enfant plutôt que d’essayer de le faire rentrer dans un moule », explique Lady Dylan, blogueuse de 20 ans qui a fréquenté une école Freinet entre ses 6 et 10 ans. Dans la pratique, les façons de travailler sont adaptées à la diversité des enfants et de leurs goûts. Chaque début de semaine, un temps de travail personnel est programmé de concert avec l’enfant et les parents sous la forme d’un « contrat » qui reprend des objectifs hebdomadaires : des exercices, la rédaction d’un article pour le journal de l’école, l’accompagnement des plus jeunes élèves, la lecture de contes à la bibliothèque, la réalisation d’une mini-enquête dont le sujet est librement choisi par l’enfant, la proposition de sorties, etc.

Les écoles Freinet n’érigent pas le professeur en « montre sacré ». D’ailleurs, élèves et enseignants se tutoient. « En CE1, notre maître criait tout le temps et nous avions fini par convenir d’un gage lorsqu’il se laissait aller aux vocalises : pris sur le fait, il nous devait nous emmener au parc, sur le champ ! », se rappelle la blogueuse. Les programmes proposent des réflexions sur la démocratie, la citoyenneté et les influences sociales. Les élèves peuvent circuler dans les couloirs et ne se mettent pas systématiquement en rand. Les règles jugées « inutiles » ou contreproductives sont bannies au profit de notions comme la bienveillance, la curiosité et l’esprit critique

Les autres écoles alternatives

Outre les pédagogies inspirées de Maria Montessori, de Rudolf Steiner ou de Célestin Freinet, d’autres modèles éducatifs voient le jour en France. Ainsi, les écoles démocratiques qui prônent l’auto-détermination au sein d’une communauté de pairs sont passées de 0 à 15 en l’espace de trois ans. Les écoles basées sur la « pédagogie institutionnelle » repose sur des lieux de paroles avec un moment « quoi de neuf » tous les matins, un « conseil de classe coopératif » chaque semaine et des règles communautaires qui érige la classe en une véritable ruche de créativité. Notons enfin que de nombreux établissements alternatifs sans étiquette (hors contrat) proposent des méthodes pédagogiques différentes de celle de l’Education nationale et du système scolaire classique.