La pédagogie Montessori, de la crèche au lycée

La pédagogie Montessori

Il y a plus d'un siècle, Maria Montessori expérimentait ses méthodes innovantes dans une classe pour enfants défavorisés dans la capitale italienne. Aidée par son équipe d'éducateurs, elle formalisera par la suite la pédagogie Montessori pour les cycles 3 – 6 ans dans l'ambition d'en généraliser l'usage en Italie.

Aujourd'hui, Montessori est sans conteste la pédagogie alternative la plus mobilisée par les professionnels de l'éducation mais aussi par les parents qui, conscients des limites de l'enseignement dit « classique », souhaitent apporter à leurs enfants un environnement à la fois agréable et stimulant, garant d'un bon développement sensoriel et cognitif, de la crèche jusqu'au lycée !

La crèche Montessori : pour les enfants de moins de 3 ans

Il est capital de mettre en avant les notions structurantes de l'autonomie et de l'autodiscipline dès le premier contact de l'enfant avec l'école. Au primaire, au collège et au lycée, la pédagogie Montessori multiplie les passerelles entre les classes et favorise la coexistence d'enfants d'âges différents pour enrichir les échanges et partager les expériences des uns et des autres. La crèche Montessori ne fait pas exception à cette règle dans la mesure où il n'y a pas de section en fonction de l'âge.

Les « petits », les « moyens » et les « grands » évoluent sous le même toit. Le seul élément de distinction reste celui de la « marche assurée », pour des raisons évidentes de praticité. Les moins de 3 mois sont accueillis dans le fameux nido Montessori, un espace d'éveil pensé comme un cocon d'exploration qui accueille entre 10 et 12 enfants autour de 4 zones bien délimitées. Elles sont définies par la Charte des établissements Montessori de France comme suit :

• Un espace pour les activités ;
• Un espace de repos ;
• Un espace pour la nourriture ;
• Un espace pour les soins physiques.

Il appartient à l'éducateur Montessori de suivre et de quantifier les progrès de chaque enfant. Ceux qui montrent le plus de facilité dans les différentes activités du nido peuvent alors rejoindre « la communauté des enfants » qui compte entre 10 et 15 enfants de moins de 3 ans. Peuvent alors commencer les ateliers et les activités destinés à travailler la coordination oculomotrice, le langage et l'écriture, les aspects pratiques de la vie quotidienne, etc. L'objectif ici est de préparer les jeunes montessoriens à accéder à « La Maison des Enfants » ou la classe de maternelle Montessori.

La méthode Montessori en maternelle : aide-moi à faire seul

C'est dans le cycle 3 – 6 ans que la pédagogie Montessori est le plus plébiscitée en France, mais aussi ailleurs. Maria Montessori, médecin de profession et principale inspiratrice de la méthode qui porte son nom, a d'abord expérimenté ses idées dans un hôpital psychiatrique pour enfants souffrant de divers troubles cognitifs. Forte de résultats plutôt encourageants, elle s'orientera progressivement vers les métiers de l'éducation et se verra confier une classe d'enfants défavorisés à Rome.

C'est la fameuse « Casa dei bambini », son laboratoire qui lui permettra de mettre au point une pédagogie alternative adoptée aujourd'hui partout dans le monde. En maternelle Montessori, l'enfant est son propre constructeur. Le processus d'apprentissage tire son essence du terrain, de l'expérience, du vécu. L'enfant mobilise ses propres moyens pour construire sa personnalité à son rythme. Dans une « ambiance » Montessori qui compte une quinzaine d'enfants âgés de 3 à 6 ans, le jeune montessorien est appelé à concrétiser la devise « aide-moi à faire seul », avec le concours d'un éducateur bienveillant et dûment formé à la méthode.

L'enfant se sert dans les étagères, choisit les activités qui lui conviennent et créé de son propre chef, sous la supervision de l'enseignant qui note les progrès réalisés par les enfants. La méthode Montessori déconseille fortement le système d'évaluation classique basé sur la note. Seul un petit cahier permet de « tracer » les travaux de chaque enfant pour éviter les redondances. Ce parti pris évite les frustrations, améliorer la confiance en soi et permet à l'enfant de comprendre, dès son plus jeune âge, que l'épanouissement personnel est une fin en soi.

Montessori au primaire : vers l'émergence de « l'homme moral »

L'enfant va enfin pouvoir aborder la deuxième grande étape de son développement sensoriel et cognitif après avoir acquis des bases solides dans la Maison des Enfants. Entre 6 et 12 ans, le jeune montessorien va chercher à satisfaire de nouveaux besoins. Il a besoin d'un jardin secret et d'intimité. Il cherche à être pris au sérieux et à formuler des idées intelligibles et intelligentes. Il veut qu'on l'écoute, qu'on l'estime et qu'on le laisse constater de lui-même les conséquences de ses actes. L'apprentissage est plus que jamais itératif, impulsé par la réalité du terrain qui vient corroborer ou contester les enseignements théoriques.

Dans la mesure où la pédagogie favorise la mixité des élèves de différents âges, il n'est pas tout à faire exact de parler d'une classe de CP Montessori. En effet, les écoles primaires Montessori sont organisées en cycles : le premier compte des enfants âgés de 6 à 9 ans, qui passeront au second cycle entre 9 et 12 ans, avec bien sûr des passerelles entre les deux cycles pour favoriser l'entraide. Il n'est d'ailleurs pas rare qu'un élève du second cycle propose son aide à ses camarades plus jeunes à l'occasion d'ateliers.

Et parce qu'à cet âge, l'enfant a soif de savoir, l'école primaire Montessori lui propose… le monde entier ! C'est ici que démarre véritablement l'apprentissage de l'écriture, du calcul, de l'Histoire, de la géographie, des sciences, du français, de l'anglais, dans une approche ludique et adaptée à chaque enfant.

La classe de collège Montessori : une histoire de microsociété

Maria Montessori n'a initié sa proposition pour le collège qu'à la fin de sa vie. Aidée par son fils, elle en a défini les grandes lignes qui seront par la suite reprises par un groupe de montessoriens américains sous la direction de David Kahn. Maria Montessori est partie du principe que le jeune adolescent nourrit l'ambition de comprendre la société à travers la prise de responsabilité. Elle estimait le tempérament rebelle tout simplement incompatible avec la relation éducateur-élève dans son acceptation classique.

C'est pourquoi le modèle qu'elle propose pour le collège s'oriente vers un genre de microsociété dont les élèves sont les seuls responsables, en cogestion, avec des interventions légères et ponctuelles des éducateurs Montessori. Ce modèle réduit sera de préférence rural, basé sur l'agriculture et l'élevage. Le contact avec la nature permet aux adolescents en pleine croissance de réaliser leur potentiel à travers un mode de vie sain avec l'omniprésence du plein-air, que ce soit pour le travail au quotidien ou la détente. Le contact avec les parents se résume le plus souvent au week-end. L'idée ici est d'éloigner l'adolescent du cocon familial et de sa zone de confort pour l'amener progressivement vers le sens des responsabilités.

Un internat permet de vivre pleinement l'expérience Montessori avec ses camarades au cœur d'une modélisation complète d'une société économique et humaine, depuis la production agricole et le travail de la terre jusqu'à la commercialisation du fruit du labeur des élèves. Le collège Montessori accueille des adolescents âgés de 12 à 15 ans et vise à satisfaire leurs besoins fondamentaux (besoin de sécurité, d'être accepté avec ses différences, de prendre le contrôle de sa propre vie, de se savoir utile au cœur d'une communauté bienveillante, etc.).

Le lycée Montessori : le sens des responsabilités

On ne peut pas dire que les parents qui souhaitent faire profiter leurs enfants des enseignements de Maria Montessori aient l'embarras du choix. Le lycée Montessori n'en est malheureusement qu'à ses premiers balbutiements en France, et pour cause : l'Hexagone ne compte qu'un seul lycée Montessori, celui de Bailly dans le 78, créé en 1992. A ce stade, chaque élève dispose d'une feuille de route avec des objectifs personnalisés, définis de concert avec l'éducateur Montessori. S'il les complète avant la fin de son cursus, il terminera son année prématurément. Si au contraire, il accuse un retard sur l'atteinte des objectifs fixés, il empiètera sur ses vacances scolaires pour valider son année.

Encore une fois, les passerelles entre la seconde, la première et la terminale sont opérationnelles. Un élève de seconde doué en mathématiques pourra assister aux cours dispensés pour les élèves de la première. L'âge de l'enfant n'est en rien un frein à son développement et à l'acquisition des connaissances. Comme pour les cycles précédents, un élève qui a bien assimilé une technique ou un concept pourra prendre le relais de l'enseignant pour expliquer à ses camarades en difficulté. Contrairement à ce qui est légion aux lycées dits « classiques », qu'ils soient publics ou privés, l'activité artistique reste omniprésente. Même les étudiants de la terminale ont droit à un spectacle de fin d'année préparé avec l'équipe pédagogique et des intervenants externes.

La pédagogie Montessori adaptée à l'enfant autiste

La pédagogie Montessori et l'autisme font actuellement l'objet d'une activité de recherche soutenue par la communauté scientifique. Ce trouble sévère du comportement qui début généralement avant l'âge de 3 ans impacte simultanément les interactions sociales, le comportement, la capacité de concentration et le langage. L'enfant autiste est plus exposé au risque de l'isolement. Il présente des symptômes typiques qui nécessitent un ajustement de la pédagogie Montessori pour lui permettre d'en tirer tous les bénéfices pour son développement. Il s'agit notamment des gestes répétitifs, de la tendance de l'enfant à mettre en place des rituels, de son manque d'intérêt pour les choses qui l'entourent et de difficultés à saisir les codes de la communication verbale et non-verbale.

Il faut savoir que ces comportements peuvent s'atténuer, voire disparaître avec le temps pour ne réapparaître que ponctuellement, selon une fréquence qui dépend de plusieurs facteurs. Il appartient donc à l'éducateur Montessori spécialisé et aux parents d'identifier les déclencheurs et les facteurs aggravants pour protéger l'enfant et réduire au maximum l'apparition des symptômes. Dans un environnement Montessori, rempli d'objets attrayants (mobiles Montessori, lit sans barreaux, chambre aménagée horizontalement, miroir, jouets…), l'enfant non porteur de troubles va spontanément prendre l'initiative de découvrir, d'explorer, d'expérimenter et de tester. Ce n'est pas forcément le cas de l'enfant autiste qui peut se sentier mis en échec ou frustré par ses blocages. C'est pourquoi il est primordial de revoir à la baisse l'ambition d'autonomie et d'autodiscipline dans les premières années de l'enfant et de renforcer l'encadrement des parents et de l'enseignant, sans manquer de tact et toujours avec bienveillance.

Les ateliers : figure de proue de la philosophie Montessori

Transvaser de la semoule, visser et dévisser, découper, enfiler, trier, enfoncer, reconnaître, enrouler… à chaque technique son atelier Montessori ! Ces activités sont accessibles à différents moments de la journée selon la volonté du jeune montessorien ou, plus rarement, de l'enseignant. Le matériel est disposé dans des tiroirs accessibles aux élèves, à leur hauteur. Chaque atelier ne nécessite que les objets qui se trouvent dans un seul tiroir. L'enfant va choisir son matériel, puis ira s'installer seul à une table ou dérouler un tapis au sol s'il estime que l'activité se déroulera dans de meilleures conditions. Il travaille dans le calme et range son matériel et éventuellement son tapis à la fin de son activité. L'enseignant veille à ce que l'objectif visé par l'atelier soit atteint avant l'étape du rangement. En concertation avec l'éducateur, l'élève pourra alors venir en aide à un camarade en difficulté. Les ateliers Montessori visent à développer l'autonomie, la capacité de concentration, le sens de l'organisation, la dextérité et la motricité fine. On apprend par l'expérience, par une suite d'erreurs et par la réussite finale qui permet à l'enfant de dégager la règle, le théorème ou la technique, dans la lignée de la devise « Aide-moi à faire seul ».

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